Succion du nourrisson : un mécanisme complexe au cœur de l’allaitement
La succion est souvent considérée comme un réflexe inné, automatique, qui irait de soi chez le nouveau-né. Pourtant, de nombreuses situations cliniques montrent que certains bébés rencontrent des difficultés à téter efficacement, sans cause médicale évidente. Douleurs maternelles persistantes, tétées longues ou inefficaces, fatigue extrême, prise de poids insuffisante : ces tableaux sont fréquents.
Les données scientifiques récentes montrent que la succion n’est pas un simple réflexe, mais un mécanisme neuro-musculo-squelettique complexe, finement coordonné, au cœur de l’allaitement¹².
La succion : bien plus qu’un réflexe
La succion-déglutition-respiration est l’une des fonctions primaires du nourrisson. Elle implique une coordination extrêmement précise entre plusieurs structures anatomiques et neurologiques
Les études en imagerie et en biomécanique ont mis en évidence que l’extraction du lait au sein repose sur ¹-³:
- le mouvement de la langue,
- la mobilisation de la mandibule,
- la création d’une pression intra-orale,
- et une synchronisation avec la respiration.
Contrairement à une idée longtemps répandue, la langue ne se contente pas d’écraser le mamelon : elle effectue un mouvement ondulatoire complexe, coordonné à la mâchoire et au plancher buccal¹.
Langue, mâchoire, ATM et cervicales : un système interconnecté
Un enchaînement neuro-musculo-squelettique
La succion mobilise ²-⁴ :
- la langue (muscles intrinsèques et extrinsèques),
- la mandibule et l’articulation temporo-mandibulaire (ATM),
- les muscles oro-faciaux,
- les cervicales hautes,
- ainsi que plusieurs paires de nerfs crâniens (V, VII, IX, X, XI, XII).
Ces structures forment une chaîne fonctionnelle interdépendante. Une restriction de mobilité, une tension musculaire ou une asymétrie à un niveau donné peut perturber l’ensemble du mécanisme, sans lésion visible.
Les travaux de Geddes et Elad ont montré que de subtiles variations de mobilité ou de coordination pouvaient modifier significativement l’efficacité du transfert de lait¹-³.
Pourquoi certains bébés tètent mal sans cause « visible » ?
Dans de nombreuses situations, l’examen médical classique ne met pas en évidence de pathologie : pas de frein de langue restrictif, pas de malformation, pas de prématurité. Pourtant, les difficultés persistent.
La littérature décrit plusieurs hypothèses fonctionnelles possibles⁵-⁶ :
- limitations de mobilité cervicale (souvent liées aux contraintes intra urtérines ou de la naissance),
- dysfonctions de l’ATM,
- tensions musculaires oro-faciales,
- difficultés de coordination neuromotrice.
Ces éléments peuvent altérer :
- la profondeur de la prise du sein,
- la stabilité de la mâchoire,
- l’endurance à la succion,
- la capacité à maintenir une pression intra-orale efficace.
Il s’agit alors de dysfonctions fonctionnelles, non structurelles, parfois transitoires mais cliniquement impactantes.
Conséquences possibles sur l’allaitement
Douleurs maternelles persistantes
Une succion inefficace ou asymétrique peut entraîner :
- douleurs au mamelon,
- crevasses,
- engorgements,
- mastites à répétition.
Plusieurs études montrent que les douleurs persistantes sont fréquemment associées à une prise du sein superficielle ou instable⁵.
Fatigue maternelle et infantile
Lorsque la succion est peu efficace :
- les tétées s’allongent,
- le bébé se fatigue rapidement,
- la mère multiplie les mises au sein.
Cette situation peut conduire à un épuisement maternel et à un cercle vicieux d’allaitement difficile⁶ voir d’arrêt de l’allaitement.
Impact sur la prise de poids du nourrisson
Un transfert de lait insuffisant, même avec des tétées fréquentes, peut entraîner :
- une prise de poids lente,
- une agitation post-tétée,
- une impression de bébé « insatisfait ».
Douglas et Geddes soulignent que ces situations peuvent parfois être liées à des troubles fonctionnels de la succion plutôt qu’à un problème de production lactée⁵.
Quelle place pour une approche fonctionnelle ?
Les recommandations internationales insistent sur l’importance d’une évaluation globale des difficultés d’allaitement, intégrant ⁷:
- l’observation de la tétée,
- l’évaluation de la succion,
- le contexte postural et fonctionnel du nourrisson.
Dans ce cadre, certaines approches manuelles, intégrées à un suivi pluridisciplinaire, ont montré des résultats encourageants sur le confort de la dyade mère-bébé, même si les données restent encore limitées⁸-⁹.
Il ne s’agit ni d’une solution unique, ni d’un traitement de la lactation, mais d’un accompagnement fonctionnel ciblé, lorsque cela est pertinent.
Quand consulter en cas de difficultés de succion ?
Il est normal que l’allaitement nécessite un temps d’adaptation. Toutefois, il peut être pertinent de demander un avis professionnel lorsque plusieurs des situations suivantes sont présentes ou persistent :
Chez la mère :
- douleurs au mamelon qui ne s’améliorent pas malgré une correction de la prise du sein,
- crevasses, engorgements ou mastites à répétition,
- impression de tétées longues et peu efficaces,
- fatigue importante liée à la fréquence ou à la durée des tétées.
Chez le nourrisson :
- difficultés à maintenir la prise du sein ou à coordonner la succion,
- claquements de langue ou lâchage fréquent du sein,
- préférence marquée pour un sein ou une position,
- agitation ou endormissement rapide au sein,
- prise de poids lente ou insuffisante,
- inconfort dans certaines positions ou posture asymétrique.
Une approche pluridisciplinaire avant tout
En cas de difficultés de succion et d’allaitement, plusieurs professionnels peuvent être concernés :
- Sage-femmes,
- Consultantes en lactation (IBCLC),
- Médecins ou pédiatres,
- ORL ou dentistes spécialisés (notamment pour les freins de langue),
- Orthophonistes (succion-déglutition, oralité),
- Chiropracteurs, kinésithérapeutes et ostéopathes (approche musculo-squelettique).
Les meilleurs résultats sont décrits lorsque ces professionnels travaillent de façon coordonnée, chacun dans son champ de compétence⁷.
Votre chiropracteure, Elodie Rousset saura évaluer et à contribuer à l’amélioration de la succion de votre enfant. Plus d’informations sur le déroulé d’une consultation pédiatrique sur ce lien.
Prendre rendez-vous au cabinet de Lyon
À retenir
- La succion est un mécanisme complexe, finement coordonné.
- Des difficultés peuvent exister sans cause médicale visible.
- Ces dysfonctions peuvent avoir un impact réel sur le confort de l’allaitement.
- Une approche globale et pluridisciplinaire permet souvent d’améliorer la situation.
- L’objectif n’est pas la performance, mais le confort et la fonctionnalité.
Références scientifiques
- Geddes DT et al. Tongue movement and intra-oral vacuum in breastfeeding infants. Early Human Development, 2008
- Elad D et al. Biomechanics of milk extraction during breastfeeding. PNAS, 2014
- Douglas PS, Geddes DT. Practice-based interpretation of ultrasound studies leads to a new understanding of breastfeeding dysfunction. Midwifery, 2018
- Miller JE et al. Contribution of manual therapy to infants with suboptimal breastfeeding: a systematic review. Journal of Chiropractic Medicine, 2019
- Academy of Breastfeeding Medicine. Clinical Protocols
- Victora CG et al. Breastfeeding in the 21st century. The Lancet, 2016
- WHO. Infant and young child feeding
- Herzhaft-Le Roy J et al. Osteopathic treatment of infants with breastfeeding difficulties. Journal of Human Lactation, 2017
- Hawk C et al. Manual therapy for musculoskeletal conditions in infants and children. Chiropractic & Manual Therapies, 2018
04 37 56 84 67 -
161 cours Albert Thomas 69003 Lyon 
