Allaitement maternel : comprendre, accompagner et soutenir
L’allaitement maternel est un processus physiologique naturel, largement reconnu pour ses bénéfices pour la santé du nourrisson et de la mère¹. Pourtant, il peut s’avérer complexe à mettre en place et à vivre au quotidien. Douleurs, fatigue, inquiétudes, doutes sur la quantité de lait ou l’efficacité des tétées : de nombreuses familles se posent des questions.
L’objectif de cette page est d’apporter une information claire, nuancée et fondée sur les données actuelles, afin de mieux comprendre l’allaitement, d’identifier ce qui est fréquent ou normal, et de savoir quand un accompagnement peut être utile.
Qu’est-ce que l’allaitement maternel ?
L’allaitement maternel consiste à nourrir un nourrisson avec le lait produit par les glandes mammaires. Il peut être :
- exclusif, lorsque le bébé reçoit uniquement du lait maternel,
- mixte ou partiel, lorsqu’il est associé à des substituts de lait maternel (préparations pour nourrissons)
Les recommandations internationales considèrent l’allaitement comme la norme biologique de référence pour l’alimentation du nourrisson, notamment au cours des six premiers mois de vie¹-². Dans les premiers mois, l’allaitement fonctionne le plus souvent à la demande : le bébé tète lorsqu’il en manifeste le besoin, sans horaires fixes. Cette variabilité est normale et fait partie de l’adaptation progressive entre la mère et son enfant.
Les bénéfices de l’allaitement pour le bébé et pour la mère
Pour le bébé
Le lait maternel est un aliment vivant, dont la composition s’adapte aux besoins du nourrisson. Les données issues de grandes études épidémiologiques montrent que l’allaitement contribue notamment¹-³ :
- à une nutrition adaptée et évolutive,
- à une meilleure adaptation digestive,
- au soutien du système immunitaire,
- au développement de la sphère oro-faciale (bouche, mâchoire, langue),
- à la régulation émotionnelle et au lien d’attachement.
Pour la mère
Chez la mère, l’allaitement s’accompagne de mécanismes hormonaux (ocytocine, prolactine) impliqués dans ¹-³ :
- la récupération post-partum,
- la diminution de certaines complications,
- un effet protecteur à long terme sur certaines pathologies.
Ces bénéfices sont dose-dépendants, mais ils ne doivent jamais devenir une injonction : chaque parcours est légitime.
Comment fonctionne l’allaitement ? Quelques bases physiologiques
La production et l’éjection du lait reposent sur un équilibre hormonal fin :
- la prolactine, impliquée dans la production du lait,
- l’ocytocine, responsable du réflexe d’éjection.
La stimulation par la succion est aussi essentielle. Les travaux en imagerie et en biomécanique ont montré que la succion au sein est un phénomène complexe, impliquant une coordination précise entre la langue, la mandibule, les muscles oro-faciaux et les pressions intra-orales⁴-⁵.
Une tétée dite « efficace » associe une bonne prise du sein, une succion coordonnée et des phases de déglutition régulières. À l’inverse, une succion rapide, peu profonde ou désorganisée peut entraîner fatigue, inconfort et parfois douleurs.
Les premiers jours et semaines sont une phase d’ajustement, d’adaptation mutuelle : fluctuations, tétées fréquentes et incertitudes font partie du processus normal.
Les premières semaines : ce qui est fréquent… et ce qui interroge
Ce qui est souvent normal
- des tétées rapprochées (surtout en fin de journée), parfois longues
- des rythmes irréguliers jour/nuit,
- un besoin important de contact,
- une fatigue parentale.
Ce qui peut justifier un accompagnement
- des douleurs persistantes malgré une bonne installation,
- des crevasses, engorgements ou mastites répétées ou durables,
- un bébé qui s’énerve régulièrement au sein, le lâche ou s’endort trop rapidement,
- une prise de poids insuffisante ou des tétées très inefficaces.
Dans ces situations, un regard extérieur peut être utile pour comprendre ce qui se joue et permet souvent d’éviter l’installation de difficultés durables qui risque de provoquer un arrêt de l’allaitement non souhaité. Pour aller plus loin et mieux comprendre à quel moment l’allaitement doit être soutenu lire notre article sur « l’allaitement en France : que disent les chiffres »
Positions d’allaitement et prise du sein
Il existe différentes positions d’allaitement (madone, ballon de rugby, couchée sur le côté, biological nurturing…). L’essentiel est de trouver une position confortable pour la mère et le bébé, permettant une bonne prise du sein.
Certaines dyades rencontrent toutefois des difficultés à maintenir certaines positions. Cela peut être lié à :
- des douleurs post-partum,
- des tensions musculo-squelettiques,
- ou un inconfort du nourrisson dans certaines postures.
Ces éléments peuvent influencer la qualité des tétées sans que cela soit immédiatement visible.
Allaitement et reprise du travail
L’allaitement et la reprise du travail sont compatibles dans de nombreuses situations. Cela nécessite souvent une organisation progressive : expression du lait, adaptation du rythme, respect de la législation en vigueur.
Chaque situation professionnelle et familiale étant différente, cette question mérite une réflexion individualisée. Plus d’information sur cette question dans cet article : Allaitement et reprise du travail : est-ce vraiment compatible ?
Quand l’allaitement est difficile : une approche globale est essentielle
Lorsque les difficultés persistent malgré une information adaptée et un accompagnement classique, il est important d’élargir la réflexion. Les causes des difficultés d’allaitement sont souvent multifactorielles⁶ :
- fatigue et charge mentale,
- facteurs émotionnels,
- aspects techniques,
- facteurs anatomiques ou fonctionnels.
Une prise en charge globale permet parfois d’identifier des éléments moins évidents, mais pourtant déterminants.
Quelle place pour la chiropraxie dans l’accompagnement de l’allaitement ?
La chiropraxie ne se substitue ni au suivi médical, ni à l’accompagnement par les professionnels spécialisés de l’allaitement. Elle peut toutefois s’inscrire comme une approche complémentaire, lorsque certaines difficultés persistent malgré une prise en charge adaptée.
L’allaitement repose sur un équilibre complexe entre facteurs hormonaux, émotionnels, techniques et fonctionnels. Lorsqu’un déséquilibre fonctionnel est suspecté, une approche globale peut parfois apporter un éclairage supplémentaire.
Succion, articulation temporo-mandibulaire (ATM) et allaitement
La succion du nourrisson est un mécanisme neuro-musculo-squelettique finement coordonné qui implique⁴-⁵-⁷ :
- la langue et le plancher buccal,
- la mandibule et l’articulation temporo-mandibulaire (ATM),
- les muscles du visage et du cou,
- les cervicales hautes.
Des restrictions de mobilité ou des tensions à ces niveaux peuvent, dans certains cas, perturber la coordination succion–déglutition. Cela peut se manifester par⁶-⁸ :
- une prise du sein superficielle,
- une succion inefficace ou fatigante,
- des douleurs maternelles persistantes,
- un bébé inconfortable dans certaines positions ou présentant une préférence d’un côté.
Ces situations ne relèvent pas systématiquement d’un problème musculo-squelettique, mais elles peuvent justifier une évaluation fonctionnelle complémentaire par un chiropracteur.
Plus d’informations sur le fonctionnement de la succion et son lien avec l’allaitement dans cet articles du blog.
Les données actuelles suggèrent que certaines approches manuelles, intégrées à une prise en charge globale, peuvent améliorer le confort de certaines dyades mère–bébé, même si les preuves scientifiques restent encore limitées et nécessitent d’être renforcées⁸-⁹.
Quand envisager une consultation chiropratique ?
Une consultation chiropratique peut être envisagée, en complément d’un suivi adapté ou en cas de persistance de difficultés, notamment lorsque :
Chez la mère :
- douleurs au mamelon qui ne s’améliorent pas malgré une correction de la prise du sein,
- crevasses, engorgements ou mastites à répétition,
- impression de tétées longues et peu efficaces,
- fatigue importante liée à la fréquence ou à la durée des tétées.
Chez le nourrisson :
- difficultés à maintenir la prise du sein ou à coordonner la succion,
- claquements de langue ou lâchage fréquent du sein,
- préférence marquée pour un sein ou une position,
- Posture asymétrique, tête penchées d’un côté
- agitation ou endormissement rapide au sein,
- prise de poids lente ou insuffisante,
- inconfort dans certaines positions
Le chiropracteur est formé pour reconnaître ses limites et orienter vers un autre professionnel de santé lorsque cela est nécessaire. Vous trouverez ici plus d’informations sur comment se passe une consultation pédiatrique.
Ce que le chiropracteur peut évaluer
Dans un contexte d’allaitement, le chiropracteur peut notamment évaluer :
- la mobilité des cervicales et du crâne,
- le fonctionnement de l’ATM,
- les tensions musculaires du cou, de la mâchoire et du dos,
- le confort postural du nourrisson et de la mère.
L’objectif n’est pas d’agir directement sur la production de lait, mais d’optimiser les conditions mécaniques et fonctionnelles pouvant influencer la qualité et le confort de la succion, lorsque cela est pertinent. Les bonnes conditions fonctionnelles permettent souvent de rendre l’allaitement plus efficient.
Quelles autres options d’accompagnement existent ?
En cas de difficultés d’allaitement, plusieurs professionnels peuvent intervenir, souvent de façon complémentaire :
- Sage-femme : accompagnement global du post-partum, observation des tétées, soutien à l’allaitement
- Consultante en lactation (IBCLC) : expertise spécifique de l’allaitement, prise du sein, gestion des douleurs et des difficultés techniques
- Médecin ou pédiatre : évaluation médicale, suivi de la croissance, dépistage de pathologies
- ORL ou dentiste pédiatrique spécialisé : en cas de suspicion de frein de langue ou de troubles anatomiques
- Orthophoniste : troubles de la succion-déglutition ou de l’oralité
- Chiropracteur, Kinésithérapeute, Ostéopathe : évaluation et prise en charge des dysfonctionnements neuro-musculo-squelettiques : torticolis, asymétries, fonctionnement de la succion.
Les recommandations actuelles s’accordent pour dire que les meilleurs résultats sont généralement obtenus dans une approche pluridisciplinaire, coordonnée et respectueuse des compétences de chacun¹⁰.
Allaitement : vous n’êtes pas seule
L’allaitement n’est pas un parcours linéaire. Il peut être fluide ou semé d’ajustements, évoluer dans le temps, s’arrêter plus tôt ou durer plus longtemps que prévu.
Demander de l’aide est légitime. L’objectif n’est pas la performance, mais le confort et le bien-être de la mère et de l’enfant dans le respect des choix de chacun.
Un accompagnement pluridisciplinaire, permet souvent de trouver des solutions adaptées à chaque situation.
- Victora CG et al. Breastfeeding in the 21st century. The Lancet, 2016
- World Health Organization. Infant and young child feeding
- Turck D et al. Benefits of breastfeeding. Archives de Pédiatrie, 2013
- Geddes DT et al. Tongue movement and intra-oral vacuum. Early Human Development, 2008
- Elad D et al. Biomechanics of milk extraction during breastfeeding. PNAS, 2014
- Douglas PS, Geddes DT. Breastfeeding dysfunction. Midwifery, 2018
- Hawk C et al. Manual therapy in infants. Chiropractic & Manual Therapies, 2018
- Herzhaft-Le Roy J et al. Osteopathic treatment and breastfeeding difficulties. Journal of Human Lactation, 2017
- Miller JE et al. Manual therapy and suboptimal breastfeeding. Journal of Chiropractic Medicine, 2019
- Academy of Breastfeeding Medicine. Clinical Protocols
04 37 56 84 67 -
161 cours Albert Thomas 69003 Lyon 


