Allaitement en France : que disent les chiffres, et pourquoi l’accompagnement précoce est déterminant ?
En France, l’allaitement maternel débute le plus souvent à la maternité, mais il s’interrompt fréquemment dans les semaines qui suivent le retour à domicile. Ce constat est bien documenté par les grandes enquêtes nationales et internationales.
Comprendre quand, à quelle vitesse et dans quels contextes l’allaitement s’arrête permet de mieux cibler les leviers d’amélioration, sans culpabiliser les mères.
Allaitement en France : un bon démarrage, un décrochage rapide
À la maternité
Selon l’Enquête Nationale Périnatale (ENP 2021), 56,3 % des mères allaitent exclusivement à la maternité, et environ 3 mères sur 4 initient un allaitement¹.
Chiffres clés en France (maternité)
• Allaitement exclusif : 56,3 %
• Allaitement mixte : 13,4 %
• Initiation de l’allaitement : ≈ 74 %
Après la sortie de maternité : la chute
À 2 mois, les données montrent une baisse marquée :
- 34,4 % des nourrissons sont allaités exclusivement
- 19,8 % en allaitement mixte
- 45,8 % reçoivent uniquement un lait infantile¹
Chiffres clés en France (à 2 mois)
• Allaitement exclusif : 34,4 %
• Allaitement mixte : 19,8 %
• Lait infantile seul : 45,8 %
Ces chiffres indiquent que la période post-sortie de maternité est déterminante pour la poursuite de l’allaitement.
Quand l’allaitement s’arrête-t-il le plus souvent en France ?
Les données ENP 2021 permettent d’identifier précisément les périodes d’arrêt¹ :
Moment de l’arrêt de l’allaitement (France)
• 0–7 jours : 27,7 %
• 8–21 jours : 28,2 %
• 22–45 jours : 32,2 %
• > 45 jours : 11,9 %
Près de 90 % des arrêts surviennent dans les six premières semaines.
Durée globale de l’allaitement en France
Les grandes cohortes françaises convergent vers une durée médiane courte :
- EPIFANE / Cohorte ELFE : durée médiane ≈ 15 à 17 semaines (un peu plus de 4 mois)²
- Environ 19–25 % des enfants reçoivent encore du lait maternel à 6 mois²-³
Ces chiffres restent nettement inférieurs aux recommandations internationales.
Comparaison internationale : France, monde et pays nordiques
À l’échelle mondiale
Selon l’OMS et l’UNICEF, environ 48 % des nourrissons dans le monde sont exclusivement allaités avant 6 mois⁴. Ce chiffre global masque de fortes disparités régionales.
Pays nordiques : une meilleure poursuite dans le temps
Les synthèses issues des Nordic Nutrition Recommendations montrent que dans les pays nordiques :
- 60 à 80 % des enfants sont encore allaités à 6 mois
- 30 à 60 % à 12 mois⁵
L’allaitement exclusif diminue après 4–5 mois, mais l’allaitement est maintenu plus longtemps, souvent en complément de la diversification.
Comparaison synthétique
• France : ~20–25 % allaités à 6 mois
• Pays nordiques : 60–80 % allaités à 6 mois
• Monde : ≈ 48 % exclusif < 6 mois
Quelles hypothèses pour expliquer ces écarts ?
Reprise du travail et durée de l’allaitement
Les analyses de la cohorte ELFE montrent une association claire entre reprise du travail précoce (avant 10 semaines) et durée plus courte de l’allaitement². Il s’agit d’une association statistique, non d’une causalité directe, mais elle est cohérente avec les tendances observées.
Politiques publiques et conditions de travail
L’OMS et l’UNICEF soulignent de façon répétée que la durée du congé maternité, l’existence de pauses d’allaitement et de conditions adaptées sur le lieu de travail influencent la poursuite de l’allaitement⁶⁷.
La France respecte les standards internationaux minimaux, mais l’écart entre la durée du congé postnatal standard et l’objectif d’allaitement exclusif à 6 mois reste notable.
Le rôle clé du soutien après la sortie de maternité
Plusieurs institutions (OMS, HAS) insistent sur le fait que les premiers jours et semaines à domicile constituent une période critique⁸⁹.
Un manque de continuité de soutien (douleurs, difficultés de succion, fatigue, doutes) est associé à des arrêts précoces, y compris chez des mères motivées.
Les enquêtes françaises identifient également des facteurs associés à une durée plus courte de l’allaitement, tels que le tabagisme maternel, un IMC maternel élevé, certaines situations obstétricales (notamment la césarienne), ainsi que l’absence de préparation à la naissance ou de contact peau à peau précoce, sans qu’il s’agisse de relations causales directes
Pourquoi renforcer l’accompagnement précoce ?
Les données convergent vers un message clair : si l’on souhaite améliorer la durée de l’allaitement, l’effort doit porter en priorité sur les premières semaines, après la sortie de maternité. Cela implique :
- repérer précocement les difficultés,
- proposer un accompagnement coordonné (sage-femme, consultante en lactation, médecin, autres professionnels selon la situation),
- adapter l’organisation du post-partum et de la reprise du travail lorsque c’est possible.
L’objectif n’est pas de faire peser une responsabilité supplémentaire sur les mères, mais de réduire les obstacles structurels à la poursuite de l’allaitement. Les sages-femmes, pédiatres, consultantes en lactation, chiropracteurs… doivent collaborer et agir précocement pour aider les mères. Pour aller plus loin consultez l’article sur les “difficultés d’allaitement”
À retenir
- En France, l’allaitement débute souvent mais s’interrompt majoritairement dans les 6 premières semaines.
- Les pays nordiques maintiennent l’allaitement beaucoup plus longtemps.
- Les grandes institutions identifient le soutien postnatal et les conditions de travail comme des leviers majeurs.
- Mieux accompagner les mères dès le début permettrait à davantage d’enfants de bénéficier plus longtemps de l’allaitement.
Pour une approche globale de l’allaitement, vous pouvez consulter notre article dédié : Allaitement maternel : comprendre, accompagner et soutenir .
Références
- Enquête Nationale Périnatale 2021 – Inserm, DREES
- Charles S-L et al., Cohorte ELFE – Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire
- Branger B. et al., France – données multicentriques sur la durée de l’allaitement
- UNICEF/WHO. Global Breastfeeding Scorecard, 2023
- Nordic Nutrition Recommendations 2023
- WHO/UNICEF. Global Breastfeeding Collective
- International Labour Organization / WHO – maternity protection standards
- Haute Autorité de Santé (HAS) – Allaitement maternel
- WHO. Infant and young child feeding
- Enquête EPIFANE – Santé publique France
- Victora CG et al., Breastfeeding in the 21st century, The Lancet, 2016
04 37 56 84 67 -
161 cours Albert Thomas 69003 Lyon 

La succion-déglutition-respiration est l’une des fonctions primaires du nourrisson. Elle implique une coordination extrêmement précise entre plusieurs structures anatomiques et neurologiques














